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SUJET : Weekend cross ascension alpes 19

Weekend cross ascension alpes 19 05 Jui 2019 04:47 #15906

  • guillaumetiti
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oui thomas j'imagine bien ta frustration!
la prochaine fois on le fera peut etre ensemble! :-)
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Weekend cross ascension alpes 19 06 Jui 2019 00:35 #15913

  • Nico
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Salut tout le monde,

déjà 3 jours qu'on est rentrés et j'ai encore des images plein la tête de ce séjour d'anthologie à Annecy.

Mon objectif était clair depuis le début... réussir mon premier cross. Et je dois avouer que je ne pouvais pas être en meilleure compagnie pour me lancer à l'assaut de ce vieux rêve. Entre Damien, Guigui, Baptiste, Sylvain, Olivier et Fred c'était des conditions parfaites.

Pour une première je m'était fixé un plan simple : réussir la transition au-dessus du lac, remonter le roc des bœufs et aller poser à Doussard. C'est important les plans, ça permet de savoir où aller !

Nous voilà donc partis vendredi matin. Les conditions sont bonnes avec un flux de nord un peu soutenu et je me sens en confiance malgré la belle claque que je me suis pris la veille au-dessus du déco de Planfait. Une claque imprévue (évidemment) mais qui a eu l'immense mérite de clarifier, de manière définitive je pense, la notion de "tenir son aile". Me voilà donc au déco de Planfait en train de faire l’essuie glace le long de la paroi en essayant de m'extraire de ce site dont je n'avais jusqu'alors jamais réussi à m'échapper.

Après une demi heure de bagarre, hourra ! Je parviens à glisser vers la face nord des dents de Lanfon. Le vario ne s'affole pas mais l'altitude grimpe régulièrement et je fini par atteindre le sommet des dents pour rejoindre la douce quiétude que seuls savent nous offrir ces sommets acérés... oui enfin bon, pour la quiétude on repassera. Arrivé en haut je me serai cru à St Tropez un 15 août. Un monde de dingue !!! Ca grouillait d'aile dans tous les sens : 100, 150 peut-être même 200 gugusses pendus sous leurs chiffons à enrouler dans tous les sens. Beau spectacle à contempler mais avec le radar en mode "Alerte rouge". Une seconde d'inattention et c'est la cata assurée. On s'apercevra le soir même qu'on était tranquillement en train de déambuler dans le start d'une manche de coupe du monde. Rien que ça !

Bref je m'aperçois à ce moment avec étonnement que les copains ne sont pas loin et je parviens même à les localiser dans la nuée. Par radio j'entend qu'il s'apprêtent à partir vers le Lachat de Thônes au nord de notre position. Quelques secondes d'hésitation, je rappelle que mon plan c'est le roc des bœufs, et je me lance à leur poursuite dans ce que j'oserai qualifier de première vrai transition de ma vie. C'est peut-être un peu pompeux mais je vous assure que ça fait quelque chose de quitter le bocal, de partir à l'aventure avec la certitude qu'il faudra tôt ou tard (probablement tôt) poser en terrain inconnu. Pour l'heure je transit, mon moral oscillant entre euphorie et appréhension et je dois avouer qu'à ce moment là ça m'a sacrément rassuré de savoir que je n'étais pas tout seul.

Mon aile n'étant pas à proprement parler une formule 1 du ciel je fini par arriver plus tard et un peu plus bas sur la montagne de Cotagne. Une arrête inhospitalière qui va m'obliger à m'y reprendre à 4 fois avant de réussir à enrouler un thermique correcte et à pouvoir envisager une seconde transition. L'équipe a déjà traversé la vallée de Thônes et commence à raccrocher sur le Lachat. Je suis en plein milieu de la vallée, contré par le vent de nord, et j'entend mon vario me murmurer de sa voix grave et moqueuse "Ca va pas le faire... tu vas finir trop bas...". Je me rapproche doucement de cet immense éperon de pierre qui surplombe Thônes et qui semble vouloir me narguer en prenant des proportions gigantesques à mesure que je plonge à ses pieds. Je ne saurai décrire le soulagement que ça a été d'entendre alors mon vario balbutier enfin quelques notes dans les aigus. Aurais-je réussi à raccrocher? Sans doute, ça zérote doucement mais ça secoue aussi pas mal et je m'accroche tant que je peux jusqu'à ce que j'entende Guigui, bien plus haut que moi et plus avancé sur la crête, annoncer à la radio : "Ca secoue trop ici, je me tire !". C'était plus qu'il n'en fallait pour me faire perdre toute combativité. Avec la fatigue accumulée (déjà 2h10 de vol dans les pattes) et la perspective d'une longue bagarre je n'ai pas eu le courage de continuer et j'ai immédiatement décidé de partir en vallée.

Restait alors à assurer l'atterrissage. Je repère au sol plusieurs zones posables et j'engage quelques virages pour déterminer le sens du vent... ah oui, en effet, ça souffle... et pas qu'un peu. Je suis quasiment stoppé par le vent qui remonte la vallée et constate avec appréhension que je descend en faisant du sur place. Qu'à cela ne tienne, je me concentre sur la zone choisie et assure une descente verticale tout en douceur avec peut-être même une pointe d'élégance. J'en viens presque à me dire que je maîtrise à fond mon sujet quand soudain... BAM le gradient ! Je suis à une vingtaine de mètre du sol quand mon aile se remet à avancer et ça, entre nous, ça n'arrange pas du tout mes affaires. Un rapide coup d’œil devant moi m'apprend que mon premier atterrissage sauvage sera peut-être un atterrissage toiture... pas cool. Je mets un peu de correction à gauche, je me concentre sur un beau champ fraîchement fauché et fini, après une belle ressource, par atterri en douceur, ouf, l'honneur est sauf.

Me voilà donc après 2h20 de vol, à 9 km de mon point de départ, avec l'immense satisfaction d'avoir réussi ma première sortie du bocal. Les copains m'ont dit que c'était la première la plus difficile, je veux bien les croire. En tout cas ça m'a donné envie d'en découvrir d'avantage, et puis c'est pas tout ça mais j'ai toujours un plan à suivre...

... à suivre !
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Weekend cross ascension alpes 19 06 Jui 2019 05:32 #15914

  • guillaumetiti
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Merci Nicolas de ce récit passionnant !
Un premier cross dans des conditions toniques au milieu des gugusses de la coupe du monde! C'est incroyable !
C'est vrai qui fallait avoir une concentration maximale , mais quelle beauté toutes ces ailes autour des dents et du lanfonet !
Un grand bravo encore et merci d'avoir pris le temps d'écrire ton récit! :cheer:

Pour vous donner une idée plus précise, voici le film de cette manche de la coupe du monde où quatres des ailes que vous voyez tourner dans la grappe étaient ....les nôtres! :woohoo:
(Au fond vers la minute 1.40)
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Dernière édition: 06 Jui 2019 05:39 par guillaumetiti.
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Weekend cross ascension alpes 19 06 Jui 2019 14:15 #15915

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Chouette récit comme on les aime, agréable à lire pour celui qui n'a jamais pratiqué (encore) le cross !

Bravo !
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Weekend cross ascension alpes 19 07 Jui 2019 12:14 #15917

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Salut Nico et merci pour ton passionnant récit. Jolie plume :woohoo:

En effet mentalement c'est fort les premiers cross.
T'as pas choisi le plus simple ni le plus safe dis donc...
Poser dans le vent de vallée à Thônes c'est chaud, comme tu as pu le constater.

C'est pour cette raison qu'il est indispensable de bien les préparer.
Ta première option était excellente. Dommage que tu ne l'ai pas suivie !

Pour ta prochaine, je te conseille le petit tour du lac comme tu l'avais prévu.

Voici quelques repères :
Altitude mini à prendre pour la transition au dessus du lac 1800 m (le sommet des dents de Lanfond) 2000m c'est encore mieux, tu arriveras plus haut pour raccrocher en face au roc des boeufs. Tu peux trouver des thermiques sur la plaine avant le lac ou du moins une ligne porteuse.
Au début, tu vas passer au dessus de la brise, mais pas à la fin où tu seras dans la brise : Fait une petite laisse de chien vers Annecy pendant la traversée.

Capture_2019-06-07.jpg


Quand tu arrives en face, ça raccroche facilement et même assez bas grâce à la brise qui vient taper la pointe du Roc des Boeufs.
Si ça ne marche pas, il y a de quoi poser au pied en allant vers Saint Jorioz.

Si ça marche, avance sur le RdB. + tu avances, + c'est thermique et même un peu turbulent à cause de la brise qui devient parallèle à la pente.
Là faudra tenir ton aile !
Tu peux avancer jusqu'au premier pylône électrique. Éventuellement le 2ième si tu le sens.

Pour le retour à Doussard, reviens au premier pylône et assure toi de prendre au moins 100 m au dessus du relief. Il y a un thermique là et si tu peux prendre plus d'altitude c'est encore mieux, car pour la suite tu vas passer sous le vent du RdB. Donc faut être bien au dessus.
Ton vario fera vraisemblablement un beuhhh déprimant de descente car tu seras dans la composante descendante du vent sous le relief. Pas d'inquiétude à avoir, c'est normal. Pousse le barreau à 50%. Dès que tu te seras éloigné, tu retrouveras un bon tx de chute.

Astuce : Quitte le Roc des Boeufs dans le thermique du pylône et tu monteras au lieu de descendre ! ça te permet éventuellement de raccrocher en serrant le relief sous le col de la Forclaz et de boucler ton tour. Ensuite tu poses à Doussard ou à Talloires.
L'atterro de Talloires peut être bien pourri l'après midi. Je préfère largement Doussard qui est dans la brise laminaire.

Je te mets la carte des vents de vallée et des thermiques connus d'Annecy

carte-brises-de-valles-Annecy.jpg
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Dernière édition: 07 Jui 2019 12:57 par Hugues.
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Weekend cross ascension alpes 19 07 Jui 2019 18:11 #15918

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Salut tout le monde.

Ces cinq jours ont été particulièrement riches pour moi.
Parti mercredi matin avec Sylvain, on a déjà pris la décision de s’arrêter quelque part pour voler, de toute façon, notre destination finale n’est pas encore décidée. Ce sera le mont Poupet. On y arrive vers 16h, on aperçoit déjà deux voiles en l’air sous des nuages un peu gris. Le temps de se garer et de faire la montée à pied avec nos voiles, d’autres ont décollé. Quelques rares gouttes d’eau sont tombées pendant la montée , mais il y a pas mal de ciel bleu. On se met en l’air et on fait l’essuie-glace devant la falaise. Certains coins montent bien avec la pompe de service , jusqu’au moment ou , ne sachant pas trop pourquoi, je me retrouve dans un thermique qui me prend par les bretelles et me fait monter à +3 . à 1400 m , ça ne s’arrêtait pas de monter, et les nuages s’approchant, Sylvain me lance à la radio de rester vigilant, ce qui a pour effet de m’inquiéter :huh: :huh:  : je me mets aux oreilles accélérées et dans la foulée je vais poser.

Les autres temps forts seront de monter à 2200 m entre la Forclaz et le Lanfonnet jeudi. De faire le déco depuis la Forclaz et d’aller sous l’impulsion de Baptiste voler au-dessus du Lanfonnet et des dents de Lanfon avant d’aller poser à Perroi le vendredi. De faire le petit tour du lac samedi en décollant depuis la Forclaz, monter à 2201m aux dents de Lanfon ( le conseil de Damien : à 2200m c’est sûr) et traverser le lac. Et dimanche réussir à m’extraire de Planfait pour aller voler devant les dents de Lanfon.

Pas de véritable cross pour moi, mais de belles images dans la tête et une bonne ambiance à l’attéro.

Un petit regret tout de même, ne pas avoir eu les c*****s de suivre Baptiste faire l’ascension de la Tournette. Mais ça me donne une bonne raison pour y retourner. :P :P

Olivier
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Weekend cross ascension alpes 19 07 Jui 2019 18:28 #15919

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De faire le petit tour du lac samedi en décollant depuis la Forclaz
C'est un cross ça ?
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Weekend cross ascension alpes 19 07 Jui 2019 18:35 #15920

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Super olivier ! La voie t'es grande ouverte pour de beaux cross la prochaine fois ! Ça va le faire j'en suis sûr!
Bravo! :)
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Weekend cross ascension alpes 19 11 Jui 2019 00:56 #15926

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Salut Hugues et merci pour ton message,

En effet, le plan initial était bien de traverser le lac. A vrai dire c'était même pour moi la principale raison de l'organisation de cette virée. Du coup ça me donne une belle occasion de poursuivre mon récit...

Nous sommes donc le lendemain matin samedi au déco de Planfait. Guigui et Damien ont passé la matinée à élaborer à peu près tous les scénarios possibles pour cette journée qui s'annonce excellente. Ils ont tout étudié : La direction du vent météo (secteur nord), les brises de vallée, les reliefs porteurs en fonction des heures de la journée, les cross déjà réalisés dans des conditions équivalentes d'hygrométrie et d'alignement planétaire... tout je vous dis. Arrivés donc au déco en même temps qu'à la douzième version du plan de vol on opte pour une mise en l'air vers 12h30 et un tour des Aravis par le sud.

Je ne suis pas sûr de réussir à les suivre bien longtemps mais mon "dépucelage" de la veille m'a mis en confiance, j'ai les stabillo qui rayent les barbules et j'ai bien envie de tenter le coup. Je me mets donc en l'air à 13h et je commence par gratter un long moment au-dessus du déco de Planfait avant de réussir à m'extraire au niveau des Dents de Lanfon. J'arrive après la bagarre et je ne parviens pas à localiser les copains alors que je les reçois bien en radio. Ils ont commencé à s'attaquer à la Tournette que j'observe de loin coiffée d'un épais voile nuageux... bof pas très encourageant.

A mesure que je m'approche j'entends de la voix des copains que la prise de contact avec la grande dame semble rugueuse. C'est qu'elle a décidé de ne pas se laisser grimper dessus si facilement aujourd'hui. Je suis maintenant au-dessus du Lanfonet et toujours pas de voile connue en visuel, mais où ont-ils bien pu passer ? Je suis en train de scruter les alentours quand mon regard fini par se poser de l'autre côté du lac sur le Roc des Bœufs... dis-donc, on dirait bien que ce côté-là à l'air plus attirant. J'hésite un instant, jette un dernier regard vers la Tournette et me résous à changer de cap direction l'ouest. J'annonce à l'équipe mes nouvelles intentions "Nico, à 2000 m au-dessus du Lanfonet, je tente la traversée du lac pour aller poser à Doussard, bon vol les gars !".

C'est donc parti pour ce vol tant attendu.

Je reviens donc vers les dents de Lanfon où j'assure un plaf confortable à 2000 m. Ça devrait me permettre de traverser sereinement même si j'ai quand même quelques doutes sur la qualité de plané de mon Ellus 5. Je me lance donc dans la transition au-dessus du lac en prenant soin de faire une belle laisse de chien comme me l'ont précisément décrite Damien et Guigui la veille. Et là tout se passe comme prévu, c'est une vraie mer d'huile que je traverse pendant laquelle je m'applique à me détendre et à récupérer un peu de la première heure de vol. C'est qu'il va me falloir de la ressource pour remonter tout le Roc des Bœufs et assurer la transition vers Doussard.

Une Pom'Pote et plusieurs minutes de glide plus tard les affaires reprennent. J'arrive sur le Roc vers 1250 m. Je ne sais pas si c'est bien ou médiocre en tout cas je constate que je ne suis pas le seul crabe à être pris dans ce panier. Nous sommes une dizaine à gratter en essayant de raccrocher un semblant de thermique. Ça ne monte pas des masses mais au moins ça ne descend pas non plus, je me prépare donc à patienter un peu. Je me bats depuis une dizaine de minutes quand soudain... bip bip bip.... Je sors enfin ! Je commence à enrouler un beau thermique pas très puissant mais régulier qui me fait gentiment grimper le long de la crête quand je m'aperçois avec étonnement que les spirales sont inutiles. Je suis littéralement pris dans un flux qui m'emporte avec lui à mesure qu'il gravi le relief. Extraordinaire sensation que de se sentir ainsi porté par la puissance des éléments avec pour seule tâche que maintenir le cap... je flotte dans l'air.

J'arrive ainsi rapidement au premier pylône (surnommé le grille-pain n°1). Par mesure de précaution je fais quelques huit avant de le franchir pour être certain de passer largement au-dessus. Au moment de le franchir je réalise que mon objectif d'aller poser à Doussard est à portée de main et ça me procure un beau sentiment de satisfaction. Sentiment vite effacé par la concentration qui reprend le dessus lorsque je m'aperçois que le flux continu à me porter le long de la crête. Les conditions sont calmes, je suis en forme, il y a des ailes plus loin sur la crête... Je décide de poursuivre un peu jusqu'au deuxième grille-pain.

Il ne me faut pas longtemps pour arriver à proximité de ce géant de fer qui domine la plaine de Doussard. Depuis le temps que je le scrutais d'en-bas celui-là... qu'elle fierté d'être désormais en train de le survoler. Maintenant c'est sûr le retour à l'atterro est assuré au j'aurai bientôt atteint mon objectif.

Je suis tellement bien que j'ai envie de faire durer le plaisir. Je tente quelques aller-retours le long de la crête pour m'assurer que je ne suis pas trop contré en Nord (rapport à la mésaventure de Damien jeudi et à la récup qu'on a faite au pied du Semnoz). Ca m'a l'air beaucoup plus calme que jeudi et je m'offre donc le luxe d'allonger un peu jusqu'au point culminant du Roc des Bœufs quelques centaines de mètres après le grille-pain n°2. Il y a là plusieurs ailes qui enroulent jusqu'au nuage et je me joins à la danse. Quelle joie de voir apparaître à l'horizon le massif des Bauges tant de fois évoqué par les crosseurs mais qui m'était encore inconnu.

Je reste là un bon moment déçu de devoir partir alors que les Bauges me tendent les bras (et que je vois plusieurs ailes se jeter vers le massif). C'est alors que je constate sur mon GPS que je ne suis qu'à 12 km du déco. Je me remémore la conversation de la veille à l'occasion de laquelle nous avons parlé du brevet de pilote confirmé et de la nécessité de valider un cross de plus de 15 km. J’imagine qu’en atterrissant à Doussard ça devrait le faire mais je préfère assurer le coup. Les conditions sont magnifiques et Damien nous a parlé d’un petit relief qui porte en milieu de vallée, le mont Julioz. Je constate que des ailes sont en train d’enrouler au-dessus. J’hésite un peu. En me lançant vers les Bauges je prends le risque de ne pas pouvoir revenir alors que mon objectif est à porté de main, d’un autre côté je me sens bien, les conditions sont parfaites et j’ai 2200 m d’altitude. Je décide donc de m’engager dans cette traversée sans trop savoir où cela va me mener.

Je transite, enroulant ça et là quelques petites bulles ce qui m’évite de trop perdre et surtout je garde l’œil rivé à mon GPS jusqu’à voir apparaître les 15 km visés… yeeehaaa ! J’y suis enfin. J’ai encore pas mal de gaz sous les pieds et largement de quoi rejoindre le mont Julioz. J’y arrive très confortablement et reprends en quelques minutes tous les mètres perdus en transition. Je suis maintenant à 2300 m à mi-chemin entre le Roc des Bœufs et le massif des Bauges. Que faire ?

J’hésite entre l’inconnue la plus complète ou tenter de rejoindre malgré tout ma destination initiale. L’hésitation est de courte durée, je suis déjà allé bien au-delà de mon plan et je décide rapidement de tenter le retour histoire de ne pas accumuler trop de nouveautés la même journée (c’est que ça consomme de la ressource mentale cette gymnastique !).

Je repars donc vers le nord. Contré cette fois par un léger vent de face qui me permet malgré tout d’avancer avec un bon 20 km/h. Ca dégrade pas mal dans la transition et je vois bientôt le Roc des Bœufs prendre des proportions inquiétantes au-dessus de ma tête. Je pousse un peu l’accélérateur (je ne suis pas encore assez à l’aise pour le full barreau) en me demandant si ça va être suffisant. Un coup d’œil à gauche et à droite pour repérer des champs vachables et je me détends. Le terrain semble accueillant et au pire, je serai quitte pour une petite rando retour. J’arrive enfin au pied du Roc quand après quelques hésitations mon vario se met à chanter. Ouf, c’est bon j’ai raccroché. Je ne vais pas tarder à m’apercevoir d’ailleurs que je n’ai pas raccroché à moitié. Je me sens tiré par les bretelles avec une telle force qu’en quelques minutes et sans avoir à enrouler le moins du monde je me retrouve à nouveau au sommet du Roc des Bœufs. Mission accomplie ! Je continue à enrouler un petit moment pour atteindre l’altitude confortable de 2300 m. De quoi semble-t-il assurer un retour tranquille à Doussard.

Je n’en reviens pas, j’ai décollé de Planfait et je vais poser à Doussard depuis le Roc des Bœufs. Une anecdote pour les crosseurs aguerris mais une vraie belle satisfaction pour un petit piou piou comme moi.

J’assure donc mon plein à 2300 m et je m’engage dans ma dernière transition quand soudain je me fais happer par une pompe surpuissante qui me propulse à 5 m/s vers un nouveau plaf à 2650 m. 2650 m, je ne rêve pas, d’un coup toute la perspective de la vallée change, tous les sommets semblent plus petits, l’atterro est maintenant à mes pied et… bizarrement le déco de la Forclaz ne semble plus si inaccessible. Oserai-je seulement…

Aller, j’ose. Au pire je ferai demi-tour pendant la transition. Je me lance donc dans une nouvelle traversée avec en ligne de mire le déco de la Forclaz. Je sais que j’aurai du mal à raccrocher si j’arrive trop bas mais avec un peu de chance ça peu passer… et ça passe ! Après plusieurs minutes dans un air super calme j’arrive environ 50m au-dessus du déco et je commence à réaliser que je pourrai peut-être boucler mon tour du lac. Ce n’était pas vraiment prévu mais pourquoi se priver ? A peine arrivé au-dessus du déco je commence à longer les Roux et une fois de plus je n’ai pas à enrouler une seule fois pour arriver au bout de la crête. Un saut de puce vers le Lanfonet et un autre vers les dents de Lanfon et me voilà revenu à mon point de départ après presque 3h de vol. Quelle euphorie… !

Je commence ma descente pour aller poser mais je me ravise. Je suis encore très en forme et les conditions sont toujours clémentes. Je décide donc de tenter la traversée vers le mont Veyrier pour élargir mon triangle. Problème, j’ai pris cette décision un peu tard et je suis déjà assez bas. A voir les ailes qui remontent facilement sur le Veyrier je me dis que c’est jouable mais je préfère ne pas trop tirer sur la corde d’autant plus que c’est la première fois que je fais un vol aussi long. Je me fixe donc une limite. Si à 1200 m je n’ai pas raccroché je fais demi-tour.

J’avance dans du -2 m/s en me faisant contrer. Malgré l’accélérateur je fini par atteindre les 1200 m en étant encore bien loin de la cible. Je fais donc demi-tour et commence ma perte d’altitude.

Je termine ce magnifique vol en enchaînant quelques 360 tout gentils avant de me placer en finale. Une descente toute douce, une légère correction à gauche pour me placer dans l’axe du vent, une dernière ressource et… un posé en plein dans la cible ! Bingo, ce vol était décidément parfait.
Bilan : 3h30 en l’air, un plaf à 2650 m, un triangle de 40 km bouclé et mon objectif de la semaine largement atteint !
Merci à toute l’équipe : Damien, Guigui, Sylvain, Baptiste, Olivier et Fred pour les super conseils et l’ambiance canon de ce séjour. Sûr que vos conseils avisés m’auront vraiment porté pendant ce cross.

A très vite en plaine ;)

Nico

PS : J’aurai adoré voir ma trace malheureusement le fichier de mon vol dans le Flymaster semble vérolé, du coup impossible de l’enregistrer pour la CFD… trop dommage.
PS2 : Le lendemain les conditions étaient fabuleuses et la journée promettait d’offrir encore des cross magnifiques. Pourtant en me mettant en l’air à midi je me suis senti très mal à l’aise et toujours à contre temps dans mes réactions. J’ai donc pris la décision d’aller poser après 45 minutes de vol. Mon analyse a posteriori c’est que j’ai accumulé beaucoup d’info sur ce premier cross et qu’il fallait sans doute que je me laisse un peu de temps pour digérer tout ça. C’est pas encore demain que j’enchaînerai les vols de 6h comme mes petits camarades d’escapade.
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Weekend cross ascension alpes 19 11 Jui 2019 08:48 #15928

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Bravo encore nicolas pour to tour du lac et merci de ce super récit qui je l'espère va tenter bien d'autres futurs crosseurs chez Razmotte! :woohoo:

super aussi ta description de tes décisions successives et des limites que tu te donnes , notamment tes 1200m …

a noter aussi le fait que quand tu es dans l' euphorie d'un vol , tu ne ressens par forcément la fatigue avec l'adrénaline que tu te fais! , mais tu as bien vu le lendemain comme ca t'avais pompé de l'énergie!

donc parfait pour tout ! et encore bravo et merci !

a bientôt en cross a nouveau!
amicalement
guillaume
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